L’abbé Joseph Bellego, un prêtre donné pour un peuple

Joseph Bellego est enfant de Lorient. Il naît en 1895 dans cette ville portuaire en pleine mutation et reçoit le baptême à l’église Sainte‑Brigitte de Merville, une église populaire, au cœur d’un quartier ouvrier. Ce geste fondateur, discret mais décisif, l’inscrit dès l’origine dans une Église proche du peuple, enracinée dans la vie ordinaire. Rien ne laisse encore deviner que cet enfant deviendra, quelques décennies plus tard, le fondateur d’une paroisse appelée à marquer durablement l’histoire de l’ouest lorientais.

Après son ordination sacerdotale, il est nommé à Auray, où il exercera pendant quatorze années. Là, il se révèle déjà comme un homme d’action et de conviction, proche des jeunes, organisateur infatigable, pasteur exigeant et chaleureux. Auray est pour lui une paroisse « merveilleuse de vitalité chrétienne ». Pourtant, en ce Vendredi saint du 10 avril 1936, sa vie bascule. Ce jour-là, alors que le chemin de croix s’achève, le téléphone sonne. Il est convoqué à l’évêché de Vannes. Il comprend immédiatement : une mission nouvelle se prépare. Il écrira plus tard : « Je suis nommé recteur d’une nouvelle paroisse fondée dans la banlieue lorientaise sur le territoire de Plœmeur. Quel en sera le nom ? » On lui demande de choisir le vocable. Il pense d’abord à Notre‑Dame de la Paix, « en ces temps troublés ». Puis il ose dire son attachement personnel : « Le vocable qui me plairait encore serait celui de Sainte Bernadette, que j’aime pour sa simplicité. » Le choix est accueilli. La paroisse s’appellera Sainte‑Bernadette du Kreisker. Il remarque alors, presque comme un signe : « Je fis remarquer que c’était le Vendredi saint. Et je sortis de l’évêché à l’heure où le Christ dut être déposé de la Croix. »

Il arrive dans sa paroisse le 23 avril 1936. Il découvre un territoire pauvre, rural, dispersé, qu’il appelle sans détour « le bled breton ». Rien n’existe : ni église, ni presbytère, ni structures. Il entre dans une maison provisoire et confie à Dieu cette terre nouvelle : « Que le bon Dieu en fasse une oasis dans ce désert ! » Très vite, il se met à l’œuvre. Il convoque un conseil paroissial, lance des projets, accepte les dettes, organise les collectes. Il bâtit sans relâche : une église, une grotte de Lourdes, des salles paroissiales. Mais surtout, il bâtit une communauté. Dès 1936, il fonde une association d’éducation populaire pour les garçons et les filles. Il ne conçoit pas une paroisse sans jeunesse, sans formation humaine, sans engagement.

La guerre vient tout frapper. En 1942, les bombardements soufflent la voûte de l’église, éventrent le patronage, détruisent le presbytère. Lui reste. Il ne fuit pas. L’allocution prononcée à sa mort dira de lui : « Il galvanisait les courages en montrant un calme imperturbable sous les pires bombardements et en raidissant son visage face aux exigences de l’occupant. » Pendant la poche de Lorient, il est chargé de coordonner la mission des prêtres restés sur place. Il devient un point d’appui moral, une présence solide dans la tourmente.

Après la guerre, il relève encore. L’église est remise en état en 1948. Mais l’homme est usé. Quinze années à tout porter, à tout décider, à tout soutenir. Le lundi saint 19 mars 1951, jour de sa fête, il meurt subitement. La presse écrit : « Les fatigues des dernières années, les épreuves et les soucis avaient fatigué son cœur et ses forces. »

À ses obsèques, la foule est immense. L’éloge funèbre prononcé par le chanoine Hauttin résume ce qu’il fut : « Après l’avoir vu partir de zéro, vous vous trouvez à sa mort dotés d’une église, d’une grotte de Lourdes, de salles, et d’un terrain pour l’avenir. Mais ce côté matériel n’est pourtant qu’un aspect de son œuvre. » Et il ajoute ces mots décisifs : « Vous avez palpé sa foi, son esprit surnaturel et sa charité. Il n’a jamais cherché que votre bonheur chrétien. »

Joseph Bellego avait bâti des murs, certes. Mais surtout, il avait donné une âme à un quartier. Aujourd’hui encore, la paroisse Sainte‑Bernadette du Kreisker demeure marquée par cet héritage : celui d’un prêtre qui s’est donné sans compter, jusqu’à l’épuisement, pour que naisse une communauté vivante.

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